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L’aéronautique me passionne depuis toujours. On me qualifie souvent d’Avgeek, et ce n’est pas un hasard si cette passion rejoint celle des points de récompenses : ces derniers permettent d’accéder à des expériences qui seraient autrement hors de portée financièrement.
Après plusieurs années de collecte, j’avais accumulé suffisamment de Miles KrisFlyer pour réserver un billet dans la Nouvelle Première Classe de Singapore Airlines, connue sous le nom de Suites, à bord de l’A380.
La Première Classe est un produit en voie de raréfaction. De moins en moins de compagnies maintiennent ce service d’exception : la plupart préfèrent développer leurs cabines Affaires ou introduire une Classe Premium Économie entre l’Économie et la Classe Affaires.
Lufthansa, par exemple, n’exploite plus la Première Classe que sur 19 B747-8 et 5 A340-600. Les liaisons vers le Canada en Première Classe ? Terminées depuis longtemps.
L’A380 suit la même trajectoire : Airbus a arrêté sa production, et la pandémie a accéléré le retrait de nombreuses flottes, Air France en tête.
Première Classe et A380 forment un duo en voie d’extinction. Je n’ai pas connu le Concorde, et je ne veux pas rater les dernières occasions de vivre ces expériences d’un autre âge, par fidélité à mon âme d’Avgeek.
C’est dans ce contexte que s’inscrit ce vol en Première Classe à bord de l’A380 de Singapore Airlines, entre Francfort et New York, réservé pour 86 000 Miles KrisFlyer.
Ce trajet Francfort–New York repose sur le principe dit de 5ème Liberté de l’air :
Droit accordé par un État à un autre de débarquer et d’embarquer, dans le territoire du premier État du trafic en provenance ou à destination d’un État tiers.
Concrètement, Singapore Airlines a obtenu l’autorisation de commercialiser des sièges sur ce vol transatlantique entre l’Allemagne et les États-Unis. L’appareil fait escale à Francfort car il ne peut pas assurer la liaison directe entre Singapour et New York.
Cela permet de réserver le segment FRA–JFK seul, à un tarif en miles bien inférieur à celui du trajet complet depuis Singapour.
Après une semaine au Portugal, j’ai rejoint l’aéroport international de Francfort (FRA) pour prendre ce vol à destination de New York (JFK).
L’enregistrement s’est déroulé sans attente : quelques minutes ont suffi pour récupérer la carte d’embarquement au design spécifique aux passagers des Suites.
À la porte d’embarquement, une longue file attendait.
Mon billet en Suites m’a permis d’embarquer avec les passagers Classe Affaires, tous acheminés vers le pont supérieur de l’A380, le pont inférieur accueillant les cabines Économie et Premium Économie.
Le Chef de Cabine m’a accueilli avec beaucoup de chaleur, s’adressant à moi par mon nom de famille tout au long du vol. Il m’a accompagné jusqu’à la Suite 02A, celle que j’avais sélectionnée.
Cette configuration n’accueille que 6 passagers en Première Classe sur l’A380 de Singapore Airlines. Un chiffre remarquablement bas, surtout mis en perspective avec les 14 sièges d’Emirates sur le même type d’appareil, ou les 9 d’Etihad dans une cabine de superficie comparable.
L’exclusivité de la cabine ne fait aucun doute.
La première impression en pénétrant dans la Suite est une sensation d’espace saisissante. Le volume disponible dépasse largement ce que proposent Emirates en B777 ou Etihad en A380, ce dernier étant d’ailleurs retiré du service.
La lumière naturelle a baigné la cabine pendant toute la durée du vol, chaque suite bénéficiant de deux hublots.
Au centre de la suite trône un fauteuil en cuir pleine fleur d’un confort remarquable. Sa rotation électrique permet de l’orienter face aux hublots, vers l’avant de la cabine pour le décollage, ou face à l’écran de divertissement.
Une tablette et une grande table amovible pour les repas complètent l’espace de travail adjacent au fauteuil.
La porte coulissante, qui offre une isolation totale du couloir, intègre un vaste placard pouvant accueillir deux valises cabines et des vêtements, ainsi qu’un rangement pour les pantoufles, une couverture et un grand miroir.
Deux salles de bains sont dédiées aux passagers de la Première Classe. Point notable : contrairement à Emirates ou Etihad, il n’y a pas de douche à bord.
En revanche, la superficie est généreuse et permet de se changer confortablement. Un espace maquillage avec fauteuil ravira particulièrement les passagères.
Les tiroirs sont garnis de produits de soins : crèmes visage et mains, kit de rasage, set dentaire et autres essentiels de salle de bains.
Le fauteuil s’incline jusqu’à 45 degrés et dispose d’un repose-jambes intégré.
Le siège 1A offre un léger surplus d’espace grâce à un renfoncement en pointe avant. Son inconvénient : la vue sur le hublot depuis la position assise lors du décollage et de l’atterrissage est quasi nulle, contrairement au 2A. C’est précisément pour cette raison que je ne l’avais pas retenu.
Le siège 1F présente le même avantage en termes d’espace, avec en prime une meilleure ligne de vue vers les hublots au décollage et à l’atterrissage.
Les parents voyageant avec un nourrisson noteront que ce siège est équipé d’accroches murales compatibles avec un bassinet.
La véritable singularité des Suites tient à une option unique : la possibilité de fusionner deux suites adjacentes en un espace commun.
La cloison de séparation peut être abaissée pour créer un espace commun. Lorsque les lits sont déployés, circuler entre les deux suites nécessite soit d’enjamber la partition, soit de passer par le couloir.
Cloison abaissée, la sensation de volume est proprement extraordinaire. Nombreux sont ceux qui la comparent à l’intérieur d’un jet privé, et l’analogie n’est pas exagérée.
L’équipage prend en charge la préparation des lits. Une fois déployés côte à côte, ils forment un lit de type queen size, avec toutefois une légère séparation centrale correspondant à l’emplacement de la partition.
La fermeté du matelas est notable, un choix qui correspond aux préférences de la clientèle asiatique. Personnellement, j’aurais volontiers accueilli un sur-matelas supplémentaire.
Les rideaux électriques abaissés, l’éclairage d’ambiance de la suite crée une atmosphère particulièrement chaleureuse et intimiste.
La trousse de bienvenue en cuir renferme une sélection de produits exclusifs signés Lalique, dont une bougie parfumée.
Le long des hublots, plusieurs compartiments de rangement sont accessibles. Une tablette tactile amovible est également disponible, particulièrement appréciable une fois allongé dans le lit. Elle centralise toutes les commandes : éclairage, divertissements, appel de l’équipage.
La suite est équipée d’un casque Bang & Olufsen haut de gamme avec réduction active du bruit.
L’écran tactile de 32 pouces est monté sur la cloison et se repositionne électriquement pour garantir un angle de vision optimal, que vous soyez assis ou allongé.
Le catalogue de divertissements inclut les derniers films, de nombreuses séries, des playlists musicales et des podcasts.
La gastronomie fait partie intégrante de l’expérience en Première Classe.
Le service à bord donne accès à des bouteilles que l’on réserve habituellement aux grandes occasions : Dom Pérignon Vintage 2008 avant le départ, Krug Grande Cuvée 167ème édition tout au long du vol, Cognac Hennessy en digestif, entre autres.
Le niveau de service de l’équipage Singapore Airlines est irréprochable, à la hauteur des standards des meilleures compagnies mondiales.
Pour l’entrée, le choix s’est imposé de lui-même : Caviar et Vodka.
Les plats principaux, d’inspiration asiatique, ont été accompagnés d’un Château Léoville Poyferré Saint-Julien 2007, un grand vin rouge français.
Les desserts chocolatés ont été un vrai temps fort. Ayant manifestement apprécié le premier, l’équipage a spontanément proposé l’alternative : une glace au chocolat.
Pour finir en beauté, un verre de Cognac Hennessy, les yeux rivés sur les nuages.
Un second service est proposé peu avant l’atterrissage. Les plats se révèlent un peu moins aboutis que lors du premier service, et aucun dessert n’est au menu, ce que j’attribue peut-être au double dessert commandé lors du repas précédent.
Ce vol SQ26 du 4 avril 2022 entre Francfort et New York ne serait pas complet sans évoquer son équipage, absolument remarquable.
Pendant près de deux ans, Singapour a maintenu des restrictions sanitaires drastiques qui ont coupé la Cité-État du reste du monde et privé une grande partie des équipages de Singapore Airlines de tout vol.
Beaucoup ont dû s’improviser d’autres activités professionnelles pour traverser cette période, comme ils me l’ont raconté, avant que les vols internationaux ne reprennent progressivement.
La joie d’être à bord était palpable : ce vol était l’un des premiers à relier New York en A380 après plus de deux ans d’interruption.
Ces échanges ont été l’occasion d’en apprendre davantage sur leur métier et, entre autres, sur le code vestimentaire de la compagnie. Saviez-vous que la couleur des cravates (pour les hommes) et des robes (pour les femmes) reflète le niveau de séniorité ?
Les quatre couleurs peuvent coexister chez les hommes sur un même vol, tandis qu’une femme en violet, signe du plus haut degré de séniorité, reste bien plus rare. Une belle leçon de culture aéronautique.
Je peux l’affirmer sans hésitation : c’est le plus beau vol en Première Classe que j’aie jamais vécu, que ce soit en tant qu’Avgeek ou collectionneur de points.
Sur le plan du hard product comme du soft product, Singapore Airlines s’impose, à mon sens, devant Lufthansa et Emirates. Il me reste encore à explorer Air France La Première, ANA et Qatar Airways pour compléter le tableau des grandes Premières Classes mondiales.
Si l’occasion se présente, ne la laissez pas passer.
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